Pourquoi faut-il restaurer les zones humides ?

Pourquoi faut-il restaurer les zones humides ?

Commençons par le commencement, qu'est-ce qu'une zone humide ?

Au sens du Code de l'environnement et de son article L.211-1 : «on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année.»

Cette définition est assez explicite mais comment savoir concrètement si je suis sur une zone humide ?

L'article R.211-108 du même Code permet de comprendre que la morphologie des sols ainsi que la végétation hygrophile permettent, selon la région biogéographique, de statuer sur la présence ou l'absence de zone humide. Par le biais de listes, des espèces et des communautés d'espèces végétales propres aux zones humides permettent de qualifier le milieu. En l'absence de végétation caractéristique, les sols peuvent aussi qualifier le milieu selon la typicité pédologique.

Mais s'il faut les restaurer, c'est qu'elles ont été dégradées ?

En France, on estime que la moitié des zones humides a disparu entre 1960 et 1990 (Rapport d'évaluation sur les zones humides de 1994). Entre l'artificialisation des sols, l'intensification de l'agriculture, l'aménagement des cours d'eau, les prélèvements excessifs d'eau et bien d'autres facteurs, les zones humides se dégradent jusqu'à disparaître. 

Lorsqu'elles ne disparaissent pas, les zones humides sont dégradées. En effet, sur la période 2013-2018, l'évaluation de la directive Habitats-Faune-Flore indique que seuls 6% des habitats humides sont en bon état de conservation. Il y a du boulot...

Le remembrement, l'agriculture intensive, l'artificialisation des sols, le sur prélèvement de l'eau, la rectification des cours d'eau et bien d'autres causes sont à l'origine des dégradations des zones humides.

Vous trouverez un petit exemple illustré sur la droite mêlant les effets du remembrement, de la simplification agricole, du drainage des terres et de la rectification d'un cours d'eau qui conduit à la dégradation du milieu humide qui bordait la rivière Gourgeonne à Recologne (70).

Bon, les zones humides disparaissent mais après tout pourquoi s'en faire ?

Parlons services écosystémiques car, en tant qu'humains, c'est ce que nous donne la nature gratuitement et sans contrepartie !  

La régulation est un service qui comprend la prévention des risques (inondations, incendies...). La lutte contre les pollutions est permise par ces zones humides qui infiltrent et épurent les eaux de surface avant qu'elles n'arrivent dans les cours d'eau et les nappes phréatiques.

Ces milieux permettent aussi l'approvisionnement. L'eau, la nourriture et divers matériaux sont utilisés par des prélèvements rendus possibles grâce aux zones humides.

Pour n'en citer qu'un dernier par rapport à la multitude de services écosystémiques rendus par les zones humides qui existent, les services culturels et sociaux sont nombreux. Tous les bénéfices immateriels rendus par ces milieux préservés apportent des ressources inquantifiables depuis la nuit des temps à l'humain : patrimoine naturel, esthétique, récréatif, éducatif, spirituel et religieux.

Si l'on fait le point, ces zones humides nous aident quand même sacrément à vivre et en supplément, lorsqu'elles sont en bon état, elles s'auto-entretiennent. Autrement dit, ça ne coûte rien...

Convaincu par l'utilité de la restauration pour l'obtention des services écosystémiques, qui peut agir ? 

Plusieurs entités peuvent agir et à différentes échelles. Même individuellement il est possible d'agir !

Les Syndicats (compétents pour la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations) portent des projets ambitieux de petite à grande échelle. Maîtres d'ouvrage des projets, ils tracent les premières lignes et peuvent porter l'entierté d'un projet ou en déléguer les études (à un Maître d'oeuvre) et/ou les travaux (à un Prestataire). 

Les Fédérations de pêche et de chasse, les Associations (Conservatoires d'espaces naturels, AAPPMA...), les Chambres d'Agriculture, les Offices, les Directions Départementales des Territoires, les Communes, les Communautés de Communes... peuvent aussi être à l'origine de projets en faveur de la restauration de zones humides.  

Les partenaires financiers comme les Agences de l'Eau, les Régions et Départements, les Fondations, les Entreprises et bien d'autres organes peuvent engager des fonds publics et privés pour soutenir cette démarche de restauration.

Il est important de notifier que peu importe votre statut, l'action individuelle est également essentielle. Remonter des informations concernant l'état d'un site, avoir une volonté d'agir et de s'informer, s'engager dans la vie associative et bien d'autres moyens sont à portée. Le futur projet de restauration de zone humide est peut-être dans votre jardin alors contactez la structure capacitaire de votre territoire !

  • Syndicat Mixte des Six Rivières : 03 25 88 31 18 - syndicat.mixte.six.rivieres@gmail.com ;
  • Conservatoire d'espace naturel de Bourgogne : 03 80 79 25 99 - contact@cen-bourgogne.fr ;
  • Conservatoire d'espace naturel de Franche-Comté : 03 81 53 04 20 - contact@cen-franchecomte.org
  • Conservatoire d'espace naturel de Champagne-Ardenne : 03 25 80 50 50 ;
  • Direction Départementale des Territoires de la Haute-Marne : 03 25 30 79 79 - ddt@haute-marne.gouv.fr ;
  • Direction Départementale des Territoires de la Haute-Saône : 03 63 37 92 00 - ddt@haute-saone.gouv.fr ;   
  • Direction Départementale des Territoires des Vosges : 03 29 69 12 12 - ddt@vosges.gouv.fr ;
  • Office Français de la Biodiversité de Haute-Marne : 03 52 18 02 10 - sd52@ofb.gouv.fr ,
  • Office Français de la Biodiversité de Haute-Saône : 03 84 76 17 00 - sd70@ofb.gouv.fr ;
  • Office Français de la Biodiversité des Vosges : 03 87 62 38 78 - dr.grand-est@ofb.gouv.fr ;
  • Fédération de chasse de la Haute-Marne : 03 25 03 60 60 - technique@fdc52.fr
  • Fédération de chasse de la Haute-Saône : 03 84 97 13 53 ;
  • Fédération de chasse des Vosges : 03 29 31 10 74 - fdc88@chasseurdefrance.com
  • Fédération de pêche de la Haute-Marne : 03 25 32 51 10 ;
  • Fédération de pêche de la Haute-Saône : 03 84 76 51 41 ;
  • Fédération de pêche des Vosges : 03 29 31 18 89 ;
  • Chambre d'agriculture de la Haute-Marne : 03 25 35 00 60 ;
  • Chambre d'agriculture de la Haute-Saône : 03 84 77 14 40 ;
  • Chambre d'agriculture des Vosges : 03 29 29 23 23.
N'hésitez pas à nous solliciter afin d'obtenir des conseils sur l'interlocuteur à contacter selon votre ambition !

Exemple de restauration de la zone humide du Val de Presles et résultats de l'opération :

Entre 2023 et 2024, les ruisseaux rectifiés qui traversent le Val de Presles ont été remis au centre de la zone humide. Eux qui avaient été déplacés et surcreusés de façon rectiligne dans le but d'assécher cette zone humide pour l'exploiter ont pu bénéficier d'un reméandrage dirigé et libre de sorte à ce que le milieu puisse se refaire de lui même par des phénomènes érosifs liés aux crues. 

Les principales conséquences de la renaturation du Val de Presles sont, une réduction significative de l’assèchements des sols, et un inversement du sens des échanges entre les cours d’eau et la zone humide : en été, l’eau circule désormais de la zone humide vers les cours d’eau pour soutenir leurs débits d’étiage.

Le sol est davantage saturé en eau et de façon naturelle ! L’ordre de grandeur minimum du volume d’eau supplémentaire gardé en réserve dans la zone humide au mois de mai 2025 par rapport à mai 2022 : de 18000 à 31000 m3. Ce volume d’eau est important. C’est l’équivalent de la consommation en eau de la commune de Haute Amance 126 jours par an au minimum (soit plus de 4 mois)(952 habitants consommant 150L/jour). (Extrait du rapport du suivi environnementale réalisé par le Cabinet Reilé).

Plus d'excuses, nous avons maintenant tous les arguments nécessaires pour prôner la restauration des zones humides et les conséquences vertueuses qui en découlent pour l'humain.

"Il faut comprendre que le grand cycle de l’eau est en train de s’accélérer au détriment d’un plus petit cycle qui est celui qui permet d’hydrater les sols et de remplir les nappes phréatiques. C’est ainsi qu’en France, un pays tempéré, qui reçoit à peu près 512 milliards de mètres cubes d’eau par an, 65 % repartent immédiatement dans l’atmosphère. Une portion d’environ 26% ruisselle et seulement 9% réussissent à s’infiltrer. Dans le contexte actuel, cette part d’infiltration diminue de manière drastique." Emma Haziza - Hydrologue, Docteur de l’Ecole des Mines de Paris, spécialiste des stratégies de résilience territoriale face aux risques climatiques et experte en gestion des risques liés aux inondations et à la sécheresse.

Nous nous pencherons une prochaine fois sur les conséquences positives de ces restaurations sur la biodiversité dans son ensemble (faune, flore, habitats). :)